Photo:
Nelson Souto
A 20 km au nord-ouest de Barcelone, les gros
doigts de grès qui dessinent la silhouette de
Montserrat se voient de très loin. Comme son nom
l’indique, il s’agit d’une montagne "en dents de
scie" mais aussi d’un massif "scié" en deux
parties bien distinctes qui se découvrent à pied.
Les sentiers de randonnées les plus accessibles
partent du sanctuaire relié à la plaine par une
triple voie d’accès : une route, un funiculaire
et un train à crémaillère.
Ce grand balcon catalan est bien connu pour la
tranquillité de son paysage, la beauté de ses
horizons et sa force magnétique qui explique
pourquoi des générations de catalans y sont
allées "recharger les accus". Mais le site a
plus d’un atout dans sa roche. A 720 m au dessus
du niveau de la mer, c’est le refuge d’une
vierge noire baptisée "la Moreneta" qui ne
manque pas de fidèles courtisans. Cette divinité
féminine qui a absorbé les influences du
paganisme et du christianisme cohabite avec des
moines bénédictins voués à la prière et aux
chants grégoriens. A leur actif, il faut citer
une chorale d’enfants qui interprètent tous les
jours "la Virolai", un hymne religieux utilisé
comme symbole de l’identité catalane à l’époque
des répressions franquistes.
L’écran céleste
Pélerinage touristique, religieux ou
politique mis à part, Montserrat attire
régulièrement les ufologues, chaque mois, dans
la nuit du 11 au 12, à 3 km en contrebas du
monastère. Ce n’est pas une initiative de
Spielberg ni de François Truffaut mais de Luis
José Grifol, un informaticien devenu
intarissable sur les phénomènes lumineux d’une
montagne dont personne ne met en doute l’énergie
geobiologique.
Depuis 1977, Grifol rassemble des foules autour
de ses instruments astronomiques grâce à ses
commentaires fondés sur des expériences
personnelles et des siècles de spéculations. La
légende attribue en effet à un rayon de lumière
la découverte de la vierge noire ; des flashs
aveuglants griffent l’obscurité depuis des
millénaires ; de mystérieuses boules de feu
apparaissent dans les récits de batailles contre
les maures. Certains y sont même allés en quête
du Graal et ce n’est pas un hasard si les
aiguilles rocheuses de Montserrat ont servi de
décor au Persifal de Richard Wagner lors de la
première à Beyrouth.
Les scientifiques y ont ajouté leur grain de
science en affirmant que la porosité des roches
calcaires propices aux filtrations aqueuses
pourrait expliquer le magnétisme positif de la
montagne. Ils parlent d’accumulation des eaux,
d’ionisation de l’environnement et de vecteurs
des énergies telluriques. Une sorte d’invitation
logique au mystère ! Faute d’ovnis, il y a
toujours quelque chose qui flotte dans l’air, ne
serait-ce que le plaisir d’une attente partagée.
Isabelle BARBOT (www.lepetitjournal.com)
8 septembre 2006
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