Xicu
Cabanyes à Can Ginebreda (Photo: © Nelson Souto)
Le lac de Banyoles, ce n’est pas la peine de le
présenter trop longtemps. Déclaré "parage
pittoresque" dès 1951, c’est un refuge homologué
par les amateurs de pique-nique sous les arbres
inclinés dont les branches déposent de chastes
baisers à la surface de l’eau. Les sportifs en
font presque tout le tour à pied ou à vélo
pendant que les visiteurs motorisés font un saut
jusqu’à l’église romane de Santa Maria de
Porqueres qui date du XIIe siècle. Les artistes
installent leur chevalet devant les anciennes
cabanes de pêcheurs qui ont cédé leur place aux
spectateurs de courses d’aviron. Un tout petit
bout de rive a été réservée aux nageurs qui
abandonnent leurs vêtements dans l’herbe et se
baignent dans un paysage qui aurait pu inspiré
un tableau à Renoir. Et pourtant, l’artiste
bagnolais le plus impressionnant n’est pas un
impressionniste mais un bon vivant qui s’appelle
Xicu Cabanyes. Pour aller du lac à Can Ginebreda,
la forêt de sculptures inventée par Xicu
Cabanyes, il faut prendre la GE 524, direction
Mieres. Au kilomètre 25 et demi, se trouve, sur
la gauche, un chemin goudronné qui conduit à un
véritable musée en plein air. La route découvre
des œuvres contemporaines qui se confondent plus
ou moins avec la forêt : ce sont des cadeaux
faits par les artistes que Xicu Cabanyes a
invité à exposer à Can Ginebreda depuis son
inauguration, en 1972. L’accès final se fait à
pied. Il n`y a jamais personne à l’entrée, mais
la porte tournante n’est pas vraiment fermée. En
guise de mot de passe, quelques monnaies dans la
serrure font l’affaire de 9h du matin à 9h du
soir.
Le paradis terrestre d’Eros
Il y a plus de 30 ans que Xicu Cabanyes
a acheté ce morceau de montagne couvert de pins
et de chênes pour en faire un atelier à ciel
ouvert. Dispersées sur un domaine ombragé de six
hectares, des œuvres sensuelles s’offrent aux
regards indiscrets des visiteurs amusés. Vous
verrez défiler les ventres épanouis des femmes
enceintes, des mères surprises pendant l’effort
de l’accouchement, une verge gigantesque avec un
nœud au milieu et une tête de mort au bout du
pénis, une fausse croupe humaine empalée sur un
vrai tronc d’arbre, et un mural tapissé de
fesses moulées à même le corps des amis de
l’artiste. Tout en haut de ce joyeux itinéraire,
un quatuor sculpté aux quatre coins d’un lit
géant symbolise les grandes étapes de la vie: la
naissance, le sommeil, le plaisir, la mort.
Avec un peu de chance, le sculpteur sera dans
son atelier. Il adore parler de son travail et
jongler verbalement avec les tabous. N’hésitez
pas à le déranger pour jouir de ce personnage
haut en couleurs qui a créé un espace
paradisiaque pour une œuvre voluptueuse.
Isabelle BARBOT.
Le
Petit Journal.com - Barcelone, 16 mai 2006
Passe-partout électronique :
www.canginebreda.com
.
Juste avant d’arriver à Can Ginebreda, sur votre
droite, vous verrez un restaurant apparemment
anodin qui sert de temps en temps de lieu de
rencontre entre sculpteurs, peintres, poètes et
visionnaires en tout genres (Tel. : 972 57 49
62)
|