L’Art
al Ras : « Horace, l’hérisson peintre »
d’Encarna Pons (Photo : © Nelson Souto)
Des pierres amoncelées, des portes défoncées,
des fenêtres délabrées, des toitures éventrées...
C’est tout ce qui reste de l’ancien village de
Corbera d’Ebre, abandonné par ses habitants
après les bombardements de la guerre civile.
C’était en 1938, à la fin de la bataille de
l’Ebre. Après quatre mois d’affrontements qui
mirent fin à la dernière offensive républicaine,
les troupes nationalistes appuyées par la légion
Condor (la force aérienne des forces franquistes)
laissèrent un paysage dévasté.
La plupart des maisons de la région, par la
suite, furent bien sûr reconstruites... sauf à Corbera
d'Ebre ! C’est là, d'ailleurs, que commence
l’originalité du village. Après la guerre, la
population décida de se déplacer en contrebas de
la colline, plus près de la route, et toute une
génération se désintéressa des ruines.
Mais l’oubli ne cure pas tous les maux. Pour
passer de la haine à l’espérance, 25 artistes ont
décidé, un jour, de mettre des lettres et puis
des mots sur le passé : le A d’art, le B de
bonté, le C de charité mais aussi de Cambronne,
le P de pau, paz et peace, ou le T de terreur.
L’union faisant la force, le N et le O se sont
unis pour dire NON ! Et ainsi de suite jusqu'à
la fin de ce superbe Alphabet de la Liberté. Pas
à pas, entre les ruines, c’est à nous maintenant
de retrouver les traces des poètes alliés aux
sculpteurs qui ont inventé ce nouvel abc de la
paix.
L’art à ras du sol
Les créateurs de cette prouesse
artistique, présentée dans un écrin historique,
ont mis sur pied un autre projet culturel qui
dépasse les limites de Corbera d’Ebre. Il s’agit
d’un gigantesque circuit de chemins ponctués
d’œuvres d’art complètement intégrées à
l’écosystème.
On y découvre un tronc d’arbre bien enraciné
dans une caisse d’emballage avec un énorme
FRAGILE imprimé sur le côté ; un hérisson dont
les épines en forme de crayons de couleur
invitent à dessiner sur le bleu du ciel ; un
morceau de voies ferrées baptisé Il était
une fois ; ou un carré de champignons
peints en bleu qui pourraient faire les délices
des Schtroumfs.
Le projet connu sous le nom de L’Art al Ras
comptabilise actuellement trente sept œuvres
différentes. Il y en a soixante-dix de prévues :
une tous les deux kilomètres entre les douze
municipalités qui forment la Terra Alta. Vous ne
vous lasserez pas d’y aller et d’y retourner car
il y a toujours de nouvelles oeuvres à dénicher
en pleine nature.
Isabelle BARBOT (www.lepetitjournal.com)
Barcelone, 14 juillet 2006